La France s’est engagée dans une transformation profonde de sa mobilité, avec un accent particulier sur l’électrification du parc automobile. Alors que les véhicules électriques gagnent en popularité, l’accès aux infrastructures de recharge devient un enjeu crucial. C’est dans ce contexte que la loi d’Orientation des Mobilités, plus connue sous le nom de loi LOM, a été adoptée pour accélérer le déploiement des bornes de recharge sur le territoire français.
Cette législation impose de nouvelles obligations aux propriétaires d’immeubles, aux entreprises et aux collectivités, transformant radicalement le paysage de la mobilité électrique en France. Comprendre ces exigences est devenu indispensable pour de nombreux acteurs : gestionnaires de parcs de stationnement, propriétaires de bâtiments, entreprises avec des flottes de véhicules, ou encore collectivités territoriales.
Dans cet article, nous décryptons l’ensemble des obligations relatives aux bornes de recharge instaurées par la loi LOM. Nous analyserons les différentes mesures selon le type de bâtiment concerné, les échéances à respecter, les caractéristiques techniques requises, ainsi que les aides financières disponibles pour faciliter la mise en conformité.
La Loi d’Orientation des Mobilités (LOM) : cadre et objectifs
La loi LOM constitue une réforme ambitieuse qui redéfinit la politique des transports en France pour les prochaines décennies. Pour comprendre les obligations relatives aux bornes de recharge, il est essentiel de saisir le cadre global de cette législation.
Présentation générale de la loi LOM
Promulguée le 24 décembre 2019, la loi d’Orientation des Mobilités (LOM) est entrée en vigueur en 2020. Cette législation majeure vise à transformer en profondeur la politique de mobilité en France, avec un texte comportant plus de 180 articles couvrant divers aspects de la mobilité quotidienne.
Au cœur de cette loi, quatre objectifs principaux se dégagent :
- Sortir de la dépendance à l’automobile en proposant des alternatives attractives
- Accélérer la croissance des nouvelles mobilités
- Réussir la transition écologique dans le secteur des transports
- Programmer les investissements dans les infrastructures de transport
Le volet concernant les bornes de recharge pour véhicules électriques s’inscrit dans l’obligation plus large de transition écologique. La loi LOM fixe notamment l’objectif de mettre fin à la vente de véhicules à énergies fossiles carbonées d’ici 2040, conformément aux engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat.
La loi d’orientation prévoit également la création de zones à faibles émissions mobilité (ZFE-m) dans les agglomérations et les territoires où les normes de qualité de l’air sont régulièrement dépassées, renforçant encore la nécessité de développer la mobilité électrique.
Les enjeux de la mobilité électrique en France
Le développement de la mobilité électrique représente un défi majeur pour la France. Fin 2023, le parc de véhicules électriques en circulation dépassait les 800 000 unités, avec une croissance exponentielle ces dernières années. Les projections indiquent qu’à l’horizon 2030, plus de 7 millions de véhicules électriques pourraient circuler sur les routes françaises.
Cette transformation du parc automobile s’inscrit dans une stratégie plus large de neutralité carbone que la France s’est fixée pour 2050. Le secteur des transports étant responsable d’environ 30% des émissions de gaz à effet de serre en France, l’électrification des véhicules constitue un levier essentiel pour atteindre cet objectif.
Cependant, le développement de la mobilité électrique se heurte à plusieurs obstacles, dont le principal est « l’angoisse de l’autonomie » ressentie par les utilisateurs potentiels. Cette préoccupation est directement liée à l’insuffisance perçue du réseau de bornes de recharge sur le territoire. C’est précisément ce que la loi LOM vise à résoudre en imposant des obligations d’équipement.
Pour les entreprises disposant d’une flotte de véhicules, la loi LOM prévoit également des mesures spécifiques, avec notamment l’obligation d’intégrer une part croissante de véhicules à faibles émissions lors du renouvellement de leur parc, créant ainsi un cercle vertueux qui stimule à la fois l’offre et la demande de solutions de recharge.
Les obligations d’installation de bornes de recharge
La loi LOM impose différentes obligations d’équipement en bornes de recharge selon le type de bâtiment et d’usage. Ces exigences sont modulées en fonction de plusieurs critères : caractère neuf ou existant du bâtiment, nature résidentielle ou non, taille du parking, etc.
Obligations dans les bâtiments neufs et rénovés
Pour les bâtiments neufs et ceux faisant l’objet d’une rénovation importante, la loi LOM renforce considérablement les obligations en matière d’équipement pour la recharge des véhicules électriques.
Dans les bâtiments résidentiels neufs disposant d’un parking de plus de 10 places, toutes les places doivent être dotées d’un pré-équipement permettant l’installation ultérieure d’une borne de recharge. Ce pré-équipement consiste en la mise en place de conduits pour le passage des câbles électriques entre le tableau général basse tension et les emplacements de stationnement.
Pour les bâtiments non-résidentiels neufs (bureaux, commerces, etc.) équipés d’un parking de plus de 10 places, au moins 20% des emplacements doivent être pré-équipés, et au moins un emplacement doit être équipé d’un point de charge opérationnel.
En ce qui concerne les bâtiments faisant l’objet d’une rénovation importante (définie comme une rénovation dont le montant représente au moins 25% de la valeur du bâtiment), des règles similaires s’appliquent. Les bâtiments résidentiels doivent prévoir des conduits pour le passage des câbles pour toutes les places, tandis que les bâtiments non-résidentiels doivent pré-équiper au moins 20% des emplacements.
Ces obligations s’appliquent aux permis de construire déposés depuis le 11 mars 2021, date d’entrée en vigueur du décret n°2020-1696 précisant les modalités d’application de la loi LOM pour les bâtiments neufs et rénovés.
Obligations pour les parkings et emplacements existants
La loi LOM concerne également les parkings existants, avec des obligations qui s’échelonnent dans le temps selon la taille et le type d’usage des parcs de stationnement.
Pour les parkings de plus de 20 places des bâtiments non résidentiels, la loi impose l’installation d’au moins un point de charge par tranche de 20 emplacements, avec une montée en puissance progressive :
- Au 1er janvier 2025 pour les parkings de plus de 400 places
- Au 1er janvier 2027 pour les parkings de plus de 100 places et jusqu’à 400 places
- Au 1er janvier 2029 pour les parkings de plus de 20 places et jusqu’à 100 places
Ces obligations concernent tous les propriétaires ou gestionnaires de parkings accessibles au public ou dédiés aux salariés, comme les parkings de centres commerciaux, de cinémas, d’hôtels, de restaurants, d’entreprises, etc.
En outre, la loi prévoit des dispositions spécifiques pour les parkings des bâtiments à usage mixte, combinant fonction résidentielle et non résidentielle. Dans ce cas, les obligations s’appliquent au prorata des places affectées à chaque usage.
Le quota de places à équiper peut être aménagé en fonction des spécificités locales, notamment dans les zones où le réseau électrique ne permet pas de répondre à ces exigences. Dans ce cas, le propriétaire ou gestionnaire du parking doit demander une dérogation auprès des autorités compétentes, en justifiant l’impossibilité technique ou financière de respecter ces quotas.
Obligations spécifiques pour les entreprises
Au-delà des obligations liées aux infrastructures de recharge, la loi LOM impose également des contraintes spécifiques aux entreprises concernant leurs flottes de véhicules.
Les entreprises gérant un parc de plus de 100 véhicules (de moins de 3,5 tonnes) sont soumises à des obligations de renouvellement progressif de leur flotte avec des véhicules à faibles émissions :
- 10% du renouvellement annuel depuis le 1er janvier 2022
- 20% du renouvellement annuel à partir du 1er janvier 2024
- 40% du renouvellement annuel à partir du 1er janvier 2027
- 70% du renouvellement annuel à partir du 1er janvier 2030
Cette obligation de renouvellement crée mécaniquement un besoin accru en infrastructures de recharge sur les sites des entreprises. La loi LOM encourage donc implicitement les entreprises à anticiper l’installation de bornes sur leurs parkings privés.
De plus, la loi intègre cette dimension dans les obligations de reporting extra-financier des entreprises. Les sociétés concernées doivent désormais inclure dans leur stratégie RSE des informations sur leur politique de mobilité durable et sur les infrastructures mises en place pour favoriser l’usage des véhicules électriques.
Certaines entreprises, notamment dans le secteur tertiaire, vont au-delà des obligations légales en proposant des services de recharge gratuits ou à tarif préférentiel pour leurs employés, intégrant cette offre dans leur politique d’avantages sociaux et dans leur engagement environnemental.
L’impact de la loi LOM sur les entreprises va donc bien au-delà de la simple conformité réglementaire, en constituant un levier de transformation de la mobilité professionnelle.
Caractéristiques techniques des bornes de recharge
Pour répondre aux obligations de la loi LOM, il est essentiel de comprendre les spécifications techniques requises pour les bornes de recharge. Ces caractéristiques déterminent non seulement la conformité légale des installations, mais aussi leur adéquation aux besoins des utilisateurs.
Types de bornes et puissances disponibles
Il existe plusieurs types de bornes de recharge, classés principalement selon leur puissance :
- Bornes normales (3,7 à 7,4 kW) : Ces bornes permettent une recharge complète en 6 à 12 heures, selon la capacité de la batterie du véhicule. Elles sont adaptées aux stationnements de longue durée, comme les parkings résidentiels ou d’entreprise.
- Bornes accélérées (11 à 22 kW) : Offrant une recharge complète en 2 à 6 heures, ces bornes constituent un bon compromis pour les parkings publics ou les emplacements où les véhicules stationnent quelques heures.
- Bornes rapides (50 à 150 kW) : Ces bornes de forte puissance permettent de récupérer 80% d’autonomie en 30 minutes à 1 heure. Elles sont principalement installées sur les grands axes routiers ou dans les stations-service.
- Bornes ultra-rapides (plus de 150 kW) : Permettant une recharge à 80% en moins de 30 minutes, ces bornes sont généralement réservées aux aires d’autoroute et aux hubs de mobilité.
Le choix de la puissance dépend de plusieurs facteurs : la durée moyenne de stationnement, le type de véhicules attendus, la puissance disponible sur le réseau électrique local, et bien sûr le budget. La loi LOM n’impose pas de puissance minimale spécifique, laissant aux propriétaires la liberté de choisir la solution la plus adaptée à leur contexte.
Concernant la compatibilité, il faut noter que les véhicules électriques actuels utilisent différents standards de connecteurs. En Europe, la norme la plus répandue est le « Type 2 » pour la recharge normale et accélérée, et le « CCS Combo 2 » pour la recharge rapide. Certains véhicules, notamment japonais, utilisent encore le standard CHAdeMO. Pour garantir l’accessibilité à un maximum d’usagers, les points de charge publics doivent idéalement proposer plusieurs types de connecteurs.
Infrastructure nécessaire et pré-équipement
La mise en place d’une infrastructure de recharge nécessite des aménagements techniques spécifiques, particulièrement dans le cadre du pré-équipement exigé par la loi LOM.
Le pré-équipement consiste à préparer l’installation future de bornes en mettant en place :
- Des conduits ou chemins de câbles permettant le passage ultérieur des câbles électriques
- Des espaces réservés dans les tableaux électriques pour l’ajout de disjoncteurs spécifiques
- Éventuellement, une réservation de puissance auprès du gestionnaire du réseau de distribution d’électricité
Pour les installations complètes, au-delà du pré-équipement, plusieurs éléments doivent être pris en compte :
- L’infrastructure électrique : tableau de distribution, protections, comptage
- Le point de charge proprement dit : borne murale (wallbox) ou borne sur pied
- Les dispositifs de communication pour la supervision et la facturation
- La signalétique et le marquage au sol des emplacements
Dans les copropriétés et les immeubles collectifs, la notion de « droit à la prise » complète les obligations de pré-équipement. Ce droit, renforcé par la loi LOM, garantit à tout locataire ou propriétaire d’un emplacement de stationnement la possibilité d’installer à ses frais une borne de recharge, sous réserve d’en informer préalablement le propriétaire ou le syndic.
Solutions de recharge intelligente
Au-delà des aspects physiques de l’installation, la loi LOM encourage le déploiement de solutions de recharge intelligente, capables d’optimiser la consommation d’énergie et de faciliter l’utilisation des bornes.
Ces dispositifs intelligents permettent notamment :
- Le pilotage de la puissance de recharge en fonction des besoins du véhicule et de la disponibilité du réseau
- La programmation des périodes de recharge pour privilégier les heures creuses
- L’identification des utilisateurs par badge RFID, application mobile ou QR code
- La facturation automatisée des sessions de recharge
- La supervision à distance de l’état des bornes pour faciliter la maintenance
Certains systèmes avancés proposent également des fonctionnalités de réservation des points de charge, permettant aux utilisateurs de planifier leurs arrêts sur les longues distances.
Pour les installations importantes comportant plusieurs bornes, des solutions de load balancing (équilibrage de charge) permettent de répartir intelligemment la puissance disponible entre les différents points de charge, optimisant ainsi l’utilisation de l’infrastructure électrique.
Ces dispositifs intelligents, bien qu’ils ne soient pas explicitement exigés par la loi LOM, constituent un complément indispensable pour garantir la pérennité et l’efficacité des installations de recharge.
Impact de la loi LOM sur différents secteurs
La loi LOM et ses obligations relatives aux bornes de recharge ont des répercussions variées selon les secteurs concernés. Comprendre ces impacts spécifiques permet de mieux appréhender les enjeux et les opportunités pour chaque catégorie d’acteurs.
Pour les propriétaires et gestionnaires d’immeubles résidentiels
Dans le secteur résidentiel, la loi LOM représente à la fois un défi et une opportunité. Pour les propriétaires et gestionnaires d’immeubles, les nouvelles obligations imposent une adaptation des infrastructures existantes et une anticipation lors des constructions neuves.
Dans les copropriétés, la mise en conformité avec la loi LOM nécessite généralement une décision collective. Le code de la construction et de l’habitation a été modifié pour faciliter cette prise de décision : l’installation d’infrastructures de recharge dans les parties communes est désormais considérée comme relevant des travaux d’amélioration et non plus des travaux d’agrément, ce qui permet une adoption à la majorité simple (article 24) lors des assemblées générales de copropriétaires.
Sur le plan financier, l’installation de bornes ou le pré-équipement des places de parking représente certes un investissement, mais contribue également à valoriser le bâtiment. Plusieurs études montrent que la présence d’infrastructures de recharge augmente la valeur immobilière d’un bien de 3 à 5%, cette plus-value tendant à s’accroître avec la généralisation des véhicules électriques.
Pour les bailleurs sociaux, qui gèrent d’importants parcs de logements et de stationnements, la loi LOM impose une planification à long terme des investissements. Certains organismes HLM ont déjà engagé des programmes ambitieux de déploiement de bornes, souvent en partenariat avec des opérateurs spécialisés qui prennent en charge l’investissement initial et la gestion du service.
Enfin, la loi LOM a renforcé le « droit à la prise » pour les locataires et copropriétaires, simplifiant les démarches administratives pour l’installation individuelle de bornes. Ce droit constitue une protection importante pour les utilisateurs de véhicules électriques habitant en immeuble collectif.
Pour les entreprises et commerces
Le secteur des entreprises et des commerces est particulièrement concerné par les obligations de la loi LOM, avec des implications qui vont au-delà de la simple mise en conformité réglementaire.
Pour les entreprises disposant de parkings de plus de 20 places, l’obligation d’équiper progressivement ces espaces en points de charge représente un investissement significatif, mais aussi une opportunité de modernisation. Les sociétés les plus avancées intègrent déjà ces infrastructures dans leur stratégie de mobilité d’entreprise et leur politique RSE.
Les commerces (centres commerciaux, cinémas, restaurants, etc.) voient dans l’installation de bornes un moyen d’attirer une clientèle équipée de véhicules électriques. Certaines enseignes proposent même la recharge gratuite pendant la durée des achats, transformant ainsi une obligation réglementaire en avantage concurrentiel.
Pour les gestionnaires de bureaux, la présence de bornes de recharge devient un argument de commercialisation auprès des locataires potentiels, surtout dans le secteur tertiaire où les politiques de mobilité durable sont de plus en plus valorisées.
Les entreprises dont l’activité implique une flotte de véhicules (livraison, services techniques, etc.) doivent désormais conjuguer les obligations d’équipement de leurs parkings avec celles concernant le renouvellement progressif de leur parc automobile. Cette double contrainte nécessite une planification stratégique des investissements sur plusieurs années.
Enfin, pour certaines entreprises, notamment dans le secteur énergétique, la loi LOM a créé de nouvelles opportunités commerciales : installation et maintenance de bornes, fourniture d’électricité dédiée, services de supervision, etc.
Pour les collectivités et établissements publics
Les collectivités territoriales et les établissements publics jouent un rôle central dans le déploiement des infrastructures de recharge pour véhicules électriques, au-delà de leurs propres obligations en tant que propriétaires de bâtiments et de parkings.
En tant qu’aménageurs du territoire, les collectivités ont la responsabilité de planifier le déploiement des bornes sur le domaine public, en complément des installations privées. La loi LOM encourage les collectivités à élaborer des schémas directeurs de développement des infrastructures de recharge, en coordination avec les gestionnaires de réseaux de distribution d’électricité.
Les régions, départements et intercommunalités disposent de leviers financiers pour soutenir le déploiement des bornes de recharge, notamment via des subventions directes aux particuliers et aux entreprises. Par exemple, de nombreuses collectivités proposent des aides complémentaires au programme national ADVENIR pour accélérer l’équipement des parkings publics et privés.
Les établissements publics (hôpitaux, universités, administrations, etc.) sont également soumis aux obligations d’équipement pour leurs parkings. Ces installations participent à l’accessibilité des services publics pour les utilisateurs de véhicules électriques et contribuent à l’exemplarité des pouvoirs publics en matière de transition écologique.
La loi LOM confère aussi aux collectivités un rôle de coordination des différents acteurs impliqués dans le déploiement des infrastructures. Les intercommunalités peuvent ainsi prendre la compétence de création et d’entretien des infrastructures de recharge, assurant une cohérence territoriale et une mutualisation des coûts.
Enfin, les obligations imposées aux collectivités concernent également leurs propres flottes de véhicules, avec des quotas de véhicules à faibles émissions lors du renouvellement de leur parc, similaires à ceux appliqués aux entreprises privées. Cette transformation nécessite en parallèle l’équipement de leurs dépôts et centres techniques en bornes de recharge.
Mise en conformité : démarches et calendrier
Face aux obligations imposées par la loi LOM, il est essentiel de comprendre les étapes et le calendrier de mise en conformité. Cette planification permet d’anticiper les investissements nécessaires et d’éviter les risques de non-respect de la législation.
Calendrier d’application de la loi LOM
La loi LOM établit un calendrier progressif d’application des obligations relatives aux bornes de recharge, échelonné sur plusieurs années pour permettre aux acteurs concernés d’adapter leurs infrastructures sans contrainte excessive.
Pour les bâtiments neufs et les rénovations importantes, les obligations de pré-équipement sont entrées en vigueur dès la publication des décrets d’application, en mars 2021. Tout permis de construire déposé après cette date doit intégrer les dispositifs requis par la loi.
Pour les parkings existants des bâtiments non résidentiels, le calendrier est échelonné selon la taille des parkings :
- Au 1er janvier 2025 : parkings de plus de 400 places
- Au 1er janvier 2027 : parkings de plus de 100 places et jusqu’à 400 places
- Au 1er janvier 2029 : parkings de plus de 20 places et jusqu’à 100 places
Pour les flottes d’entreprises et de collectivités, le calendrier de renouvellement avec des véhicules à faibles émissions est également progressif :
- 10% du renouvellement annuel depuis le 1er janvier 2022
- 20% du renouvellement annuel à partir du 1er janvier 2024
- 40% du renouvellement annuel à partir du 1er janvier 2027
- 70% du renouvellement annuel à partir du 1er janvier 2030
Ce déploiement graduel vise à accompagner la montée en puissance du marché des véhicules électriques et à permettre au réseau électrique de s’adapter à cette nouvelle demande d’énergie.
Il est recommandé aux acteurs concernés de ne pas attendre les dates limites pour se mettre en conformité, car les délais d’étude, d’autorisation et de réalisation des travaux peuvent être longs, surtout en cas de contraintes techniques particulières.
Procédures administratives et réglementaires
La mise en conformité avec les obligations de la loi LOM implique de suivre plusieurs procédures administratives et réglementaires, qui varient selon le contexte d’installation.
Dans les copropriétés, l’installation d’infrastructures collectives nécessite généralement un vote en assemblée générale. La loi LOM a simplifié cette procédure en classant ces travaux dans la catégorie des améliorations, permettant une adoption à la majorité simple (article 24 de la loi de 1965).
Pour les propriétaires ou locataires souhaitant installer une borne individuelle dans un emplacement de parking en copropriété, la procédure du « droit à la prise » s’applique :
- Notification au syndic par lettre recommandée avec accusé de réception
- Description détaillée des travaux envisagés
- Le syndic dispose de trois mois pour s’opposer aux travaux, uniquement pour des motifs sérieux et légitimes
- En l’absence de réponse dans ce délai, l’accord est réputé acquis
Pour les installations dans les parkings publics ou d’entreprises, plusieurs autorisations peuvent être nécessaires :
- Déclaration préalable de travaux auprès de la mairie si l’installation modifie l’aspect extérieur du bâtiment
- Autorisation d’urbanisme pour les bornes sur pied installées en extérieur
- Vérification de la conformité électrique par un organisme agréé
- Éventuellement, accord du gestionnaire du réseau de distribution d’électricité pour les installations de forte puissance
En outre, les installations de recharge accessibles au public doivent respecter des normes spécifiques en matière d’accessibilité pour les personnes à mobilité réduite, avec notamment des dimensions minimales pour les places équipées et une hauteur maximale des dispositifs de commande.
La réglementation impose également des standards techniques pour les bornes elles-mêmes, notamment en termes de sécurité électrique, de communication et d’interopérabilité. Ces standards sont précisés dans le décret n°2017-26 relatif aux infrastructures de recharge pour véhicules électriques, modifié par la loi LOM.
Sanctions en cas de non-respect
La loi LOM prévoit des sanctions en cas de non-respect des obligations relatives aux bornes de recharge. Ces sanctions visent à garantir l’effectivité des mesures adoptées et à éviter que certains acteurs ne se soustraient à leurs responsabilités.
Pour les bâtiments neufs ou faisant l’objet d’une rénovation importante, le non-respect des obligations de pré-équipement peut entraîner le refus du permis de construire ou de l’autorisation de travaux. Une fois le bâtiment construit, des contrôles peuvent être effectués et mener à des mises en demeure de régularisation.
Pour les parkings existants soumis à l’obligation progressive d’équipement, le non-respect des échéances fixées peut donner lieu à des amendes administratives. La loi prévoit que ces amendes soient proportionnées à la gravité du manquement, notamment au nombre de points de charge manquants par rapport à l’obligation.
Concernant les flottes d’entreprises et de collectivités, le non-respect des quotas de véhicules à faibles émissions dans le renouvellement du parc peut également entraîner des sanctions financières.
Au-delà des sanctions directes, le non-respect des obligations peut avoir d’autres conséquences négatives :
- Risques juridiques en cas de contentieux avec des locataires ou copropriétaires souhaitant exercer leur droit à la prise
- Impact sur l’image de l’entreprise ou de la collectivité concernée
- Dévaluation potentielle des actifs immobiliers non conformes
- Risques d’exclusion de certains marchés publics intégrant des critères de développement durable
Il est donc dans l’intérêt des acteurs concernés d’anticiper leurs obligations et de mettre en œuvre une stratégie proactive de mise en conformité, plutôt que d’attendre les échéances limites au risque de subir ces sanctions.
Financement et aides pour l’installation de bornes
La mise en conformité avec les obligations de la loi LOM représente un investissement significatif pour les propriétaires et gestionnaires de parkings. Heureusement, plusieurs dispositifs d’aide permettent d’alléger cette charge financière et de faciliter le déploiement des infrastructures de recharge.
Aides nationales et locales
Au niveau national, le principal dispositif de soutien est le programme ADVENIR, piloté par l’Association nationale pour le développement de la mobilité électrique (Avere-France) et financé par le mécanisme des Certificats d’économies d’énergie (CEE). Ce programme propose des subventions pour l’installation de bornes dans différents contextes :
- Jusqu’à 50% des coûts pour les points de charge en habitat collectif
- Jusqu’à 40% pour les points de charge sur les parkings d’entreprise et en voirie
- Jusqu’à 60% pour les points de charge destinés aux flottes et aux salariés
Ce programme finance également le pré-équipement des parkings en habitat collectif, avec une prime forfaitaire par place pré-équipée.
En complément du programme ADVENIR, certaines collectivités territoriales proposent leurs propres aides :
- Les régions peuvent offrir des subventions pour l’installation de bornes accessibles au public
- Certains départements soutiennent spécifiquement l’équipement des copropriétés
- Des intercommunalités proposent des aides aux particuliers et aux entreprises de leur territoire
Ces aides locales sont souvent cumulables avec le programme ADVENIR, permettant de réduire significativement le reste à charge pour les porteurs de projets.
Pour les copropriétés, l’éco-prêt à taux zéro collectif peut également être mobilisé pour financer les travaux d’installation d’infrastructures de recharge, sous certaines conditions.
Il est recommandé aux porteurs de projets de se renseigner auprès de l’Avere-France, de l’ADEME ou des espaces conseil France Rénov’ pour identifier toutes les aides disponibles sur leur territoire.
Solutions de financement pour les entreprises
Les entreprises disposent de solutions de financement spécifiques pour déployer des infrastructures de recharge sur leurs sites ou pour l’usage de leurs collaborateurs.
Outre les subventions du programme ADVENIR, les entreprises peuvent bénéficier d’avantages fiscaux :
- Amortissement accéléré des infrastructures de recharge sur une période de 12 mois
- Crédit d’impôt à hauteur de 30% des dépenses pour les PME (dans la limite de 100 000 € par entreprise)
- Exonération ou réduction de la taxe foncière dans certaines communes, pour les bâtiments équipés de bornes
Certaines entreprises optent pour des solutions de financement alternatives, comme le leasing ou la location longue durée des infrastructures de recharge. Ces formules permettent d’étaler l’investissement et d’intégrer les services de maintenance et de supervision dans un abonnement mensuel.
Une autre approche consiste à déléguer l’installation et l’exploitation des bornes à un opérateur spécialisé, qui prend en charge l’investissement initial et se rémunère sur les recettes générées par l’usage des points de charge. Cette solution est particulièrement adaptée aux parkings ouverts au public ou aux sites à fort trafic.
Enfin, certaines banques proposent des prêts verts à taux préférentiels pour financer les infrastructures contribuant à la transition écologique, dont les bornes de recharge.
Rentabilité et retour sur investissement
Au-delà des obligations légales, l’installation de bornes de recharge peut représenter un investissement rentable à moyen terme, selon le contexte et le modèle économique adopté.
Pour les propriétaires de parkings publics ou les commerces, plusieurs facteurs contribuent à la rentabilité :
- Revenus directs générés par la facturation des sessions de recharge
- Augmentation de la fréquentation et du temps passé sur site
- Attraction d’une clientèle à plus fort pouvoir d’achat (les propriétaires de véhicules électriques)
- Amélioration de l’image de marque et valeur marketing
Pour les propriétaires d’immeubles résidentiels, la rentabilité se mesure différemment :
- Valorisation du patrimoine immobilier
- Attractivité accrue pour les locataires ou acheteurs potentiels
- Éventuellement, revenus générés par la mise à disposition des infrastructures
Le retour sur investissement dépend de nombreux facteurs : type de borne, puissance délivrée, taux d’utilisation, tarification appliquée, coûts d’exploitation, etc. En moyenne, pour une borne accessible au public avec un taux d’utilisation moyen, le retour sur investissement se situe entre 3 et 7 ans, en tenant compte des aides disponibles.
Pour optimiser la rentabilité, plusieurs approches peuvent être envisagées :
- Dimensionner correctement l’installation en fonction des besoins réels
- Étaler les investissements en suivant le calendrier progressif de la loi LOM
- Combiner les différentes sources de financement pour minimiser le reste à charge
- Mutualiser les coûts, notamment dans les copropriétés ou les zones d’activité
De plus, l’intégration des bornes dans une stratégie globale de mobilité durable ou de transition énergétique permet souvent de générer des bénéfices indirects difficiles à quantifier mais néanmoins significatifs.
La loi d’Orientation des Mobilités marque un tournant décisif dans le déploiement des infrastructures de recharge pour véhicules électriques en France. En imposant des obligations d’équipement échelonnées dans le temps, le législateur a créé un cadre propice à l’électrification progressive du parc automobile français.
Ces obligations concernent une grande diversité d’acteurs : propriétaires et gestionnaires de bâtiments résidentiels, entreprises, commerces, collectivités territoriales et établissements publics. Chacun, dans son contexte spécifique, doit intégrer ces nouvelles exigences dans sa stratégie immobilière et de mobilité.
Au-delà de la simple conformité réglementaire, le déploiement des bornes de recharge représente une opportunité de valorisation du patrimoine, d’amélioration des services aux usagers et de contribution concrète à la transition écologique. Les exemples présentés dans cet article montrent qu’une approche proactive et bien planifiée permet de transformer cette obligation en atout.
Les dispositifs d’aide financière disponibles, notamment le programme ADVENIR et les subventions locales, facilitent la mise en œuvre des projets d’équipement. Ces soutiens, combinés à des solutions de financement adaptées, permettent de réduire significativement le coût de la mise en conformité.
Dans une perspective plus large, le développement massif des infrastructures de recharge constitue un maillon essentiel de la transition vers une mobilité plus durable et moins carbonée. En ce sens, la loi LOM s’inscrit pleinement dans la stratégie nationale de lutte contre le changement climatique et d’amélioration de la qualité de l’air.
Pour les acteurs concernés, l’anticipation est la clé d’une mise en conformité réussie et économiquement optimisée. Au-delà des échéances légales, c’est dès aujourd’hui qu’il convient d’étudier, de planifier et de mettre en œuvre les solutions adaptées à chaque contexte.
FAQ – Questions fréquemment posées
Quelles sont les obligations minimales pour un parking de 20 places ?
Pour un parking existant de 20 places dans un bâtiment non résidentiel, la loi LOM impose l’installation d’au moins un point de charge d’ici le 1er janvier 2029. Pour les bâtiments neufs avec 20 places, 20% des emplacements (soit 4 places) doivent être pré-équipés, et au moins une place doit disposer d’un point de charge opérationnel.
Comment calculer le coût d’installation d’une borne dans mon immeuble ?
Le coût dépend de plusieurs facteurs : type de borne choisie, distance entre le tableau électrique et l’emplacement, présence ou non d’un pré-équipement, etc. En moyenne, pour une borne standard (3,7 à 7,4 kW) dans une copropriété, le coût varie entre 1 500 et 3 000 € tout compris. Ce montant peut être réduit grâce aux aides disponibles, notamment le programme ADVENIR qui peut couvrir jusqu’à 50% des coûts.
Quelles aides financières puis-je obtenir pour installer des bornes ?
Les principales aides sont :
- Le programme ADVENIR : jusqu’à 50% des coûts pour les particuliers en habitat collectif, 40% pour les entreprises
- Les aides locales des collectivités territoriales (variables selon les régions)
- Pour les entreprises : crédit d’impôt, amortissement accéléré
- Pour les copropriétés : éco-prêt à taux zéro collectif
Il est recommandé de consulter le site du programme ADVENIR pour connaître les conditions précises d’éligibilité.
Comment assurer la maintenance des bornes de recharge ?
La maintenance des bornes peut être assurée par :
- Un contrat de maintenance avec l’installateur ou un prestataire spécialisé
- Une formule tout-inclus proposée par certains opérateurs de mobilité
- La copropriété elle-même pour les interventions simples
Une maintenance régulière est essentielle pour garantir la fiabilité et la durabilité des installations. Elle comprend généralement des vérifications électriques, le nettoyage des bornes, les mises à jour logicielles et les réparations en cas de panne.
Quelles sont les sanctions en cas de non-respect de la loi LOM ?
Les sanctions en cas de non-respect des obligations peuvent inclure :
- Des amendes administratives proportionnées à la gravité du manquement
- Le refus de permis de construire pour les bâtiments neufs non conformes
- Des mises en demeure de mise en conformité avec délais contraints
- Des risques juridiques en cas de contentieux avec des utilisateurs souhaitant exercer leur droit à la prise
Au-delà des sanctions directes, le non-respect des obligations peut avoir des conséquences sur l’image et la valeur du patrimoine concerné.







